La teigne en JJB est une infection fongique de la peau — pas un ver, contrairement à ce que son nom laisse penser — qui se transmet par le contact peau à peau et par les tatamis. Elle se reconnaît à une plaque rouge en forme d’anneau, légèrement surélevée sur les bords, qui démange. Sur un tapis de JJB, où les corps se frottent des heures durant dans une salle chaude et humide, elle trouve un terrain idéal pour se propager d’un pratiquant à l’autre. La bonne nouvelle : elle se soigne bien, avec un antifongique adapté et de la rigueur. La mauvaise : tant que la lésion est active, vous êtes contagieux, et continuer à rouler revient à contaminer vos partenaires.
Teigne, mycose, dermatophytose : de quoi parle-t-on ?
Le terme « teigne » prête à confusion. En médecine, on parle de dermatophytose, ou plus précisément de tinea corporis quand elle touche le corps. Le nom populaire vient de la forme en anneau que dessine la lésion sur la peau, pas d’un quelconque parasite qui grouillerait sous l’épiderme — c’est un champignon microscopique, un dermatophyte, qui se nourrit de la kératine.
Ce champignon n’est pas propre au JJB. On rapporte généralement qu’environ 20 % de la population serait touchée par une mycose de la peau de ce type à un moment de sa vie, tous contextes confondus — un chiffre qui remet les choses en perspective : ce n’est pas un problème propre aux salles de tatami, mais un phénomène dermatologique courant, que le grappling se contente de rendre plus visible et plus fréquent chez ceux qui le pratiquent. On le retrouve d’ailleurs chez les judokas et les lutteurs, partout où des athlètes partagent une surface de contact rapprochée.
Sur la peau, elle progresse en cercle parce que le champignon consomme la kératine du centre vers l’extérieur, laissant une zone plus claire au milieu et un bourrelet actif, rouge et squameux, sur le pourtour. C’est cette dynamique circulaire, et elle seule, qui donne son nom à la maladie.
Pourquoi le tapis est un terrain si favorable
Trois ingrédients suffisent à un dermatophyte pour prospérer : la chaleur, l’humidité et le contact. Une salle de JJB coche les trois cases en permanence. La sueur ne s’évapore jamais complètement entre deux rounds, le gi et le rashguard retiennent l’humidité contre la peau, et le grappling impose un contact prolongé, peau contre peau ou peau contre tatami, qui n’existe dans quasiment aucun autre sport.
Le champignon survit aussi en dehors du corps humain, sur les surfaces. Un tapis mal séché ou insuffisamment désinfecté entre deux créneaux peut héberger des spores capables d’infecter le pratiquant suivant, même sans contact direct avec la personne porteuse. C’est ce qui rend la teigne particulièrement difficile à éradiquer complètement dans une salle qui tourne toute la journée.
Le gi n’y change pas grand-chose : il retient l’humidité contre la peau au moins autant qu’il protège du contact direct. Le no-gi, en misant sur la peau nue, n’est pas forcément plus exposé pour autant. Ce qui compte, c’est le temps de contact cumulé sur le tapis, bien plus que le format de la tenue.
Notre position là-dessus est simple : on ne monte pas sur le tapis avec une lésion active, jamais, même pour « juste faire du drilling léger ». On a vu des coachs fermer les yeux sur une plaque suspecte parce que l’élève insistait pour ne pas rater sa session — et deux semaines plus tard, c’est la moitié du cours qui gratte. Le risque individuel devient collectif dès que vous roulez.
Reconnaître les symptômes : la forme en anneau et ses pièges
La lésion typique commence comme une petite tache rouge, souvent confondue avec une simple irritation ou un bouton. En quelques jours, elle s’étend en cercle, avec un bord surélevé, squameux, parfois vésiculeux, et un centre qui a tendance à s’éclaircir. Elle démange, parfois franchement, parfois à peine. Elle apparaît là où le contact est le plus fréquent : avant-bras, cou, épaules, cuir chevelu, parfois le visage.
Le piège, c’est qu’elle ressemble à d’autres problèmes de peau fréquents sur le tapis, avec des traitements complètement différents :
- Eczéma : plaque sèche et irritée, sans forme en anneau nette, non contagieux.
- Herpès du lutteur (herpès gladiatorum) : petites cloques groupées, souvent douloureuses, d’origine virale — les antifongiques n’y feront rien.
- Impétigo : croûtes jaunâtres, couleur miel, d’origine bactérienne, qui répond aux antibiotiques et non aux antifongiques.
Confondre ces trois affections avec la teigne, c’est traiter au hasard et perdre du temps pendant que la lésion continue à se propager. Dans le doute, mieux vaut montrer la plaque à quelqu’un d’expérimenté sur le tapis ou, si elle persiste, à un médecin — surtout si elle touche le cuir chevelu ou le visage, où l’auto-diagnostic est plus risqué.
Diagnostic et traitement : ce qui marche vraiment
Le diagnostic repose d’abord sur l’œil : la forme, la texture et l’évolution de la lésion suffisent souvent à un médecin, ou à un coach expérimenté, pour reconnaître une dermatophytose. En cas de doute, un prélèvement cutané permet de confirmer.
Pour une lésion localisée et repérée tôt, un antifongique topique en vente libre — clotrimazole ou terbinafine, par exemple — suffit généralement. Il s’applique en débordant largement autour de la zone visible, pas seulement sur le centre, deux fois par jour. Les lésions modérées réagissent en une à deux semaines de traitement suivi correctement. Ne vous arrêtez pas dès que la rougeur disparaît : le champignon peut survivre sous une peau redevenue normale en apparence, et un arrêt prématuré du traitement est la cause la plus fréquente de rechute.
Pour les cas plus étendus, ceux qui touchent le cuir chevelu, ou qui ne régressent pas après une à deux semaines d’antifongique local bien appliqué, un traitement oral prescrit par un médecin devient nécessaire — la voie topique seule ne suffit pas toujours, en particulier sur les zones pileuses. C’est un point que beaucoup de pratiquants découvrent trop tard, après avoir prolongé inutilement une crème qui ne pouvait plus rien faire seule.
Attention aussi à un piège classique : appliquer une crème à base de cortisone en pensant traiter de l’eczéma, alors qu’il s’agit en réalité d’une teigne, peut sembler calmer la lésion sur le moment avant qu’elle ne reparte, plus étendue et moins reconnaissable, une fois la crème arrêtée. Les dermatologues parlent parfois de « teigne incognito » pour désigner ce phénomène — une bonne raison de faire confirmer le diagnostic plutôt que de deviner.
Dans tous les cas, la reprise du tapis attend la fin du traitement et la disparition complète de la lésion, pas juste une amélioration visuelle.
Prévention : les réflexes qui font vraiment la différence
La prévention se joue à deux niveaux : votre hygiène personnelle, et celle de la salle où vous vous entraînez.
Côté personnel :
- Douchez-vous immédiatement après chaque session, avec du savon, pas juste un passage rapide sous l’eau.
- Lavez gi, rashguard et spats après chaque entraînement, pas après deux ou trois sessions « pour gagner du temps ».
- Ne partagez jamais serviette, rasoir ou vêtements de sport avec un partenaire.
- Portez un rashguard à l’entraînement : la barrière textile réduit le contact peau à peau et limite la transmission, même si elle ne l’annule pas.
- Signalez toute plaque suspecte à votre coach avant de monter sur le tapis, plutôt qu’après.
- Faites sécher gi et rashguard à l’air libre après chaque lavage, plutôt que de les laisser humides au fond du sac de sport, qui devient lui-même un petit incubateur.
Côté salle, la responsabilité est partagée avec l’équipe encadrante : nettoyage et désinfection réguliers des tatamis, séchage complet entre les créneaux, ventilation correcte pour limiter l’humidité ambiante. Une académie sérieuse a une politique claire sur le sujet — retrait du tapis en cas de lésion active, retour conditionné à la fin du traitement — et ne la fait pas appliquer seulement quand un cas éclate.
Aucune de ces mesures n’élimine totalement le risque. Le JJB reste un sport de contact intense, pratiqué en groupe, sur une surface partagée. L’objectif réaliste n’est pas le zéro risque, mais la réduction et la détection précoce.
Ce qu’il faut retenir avant de remonter sur le tapis
La teigne n’est ni une fatalité ni un drame : c’est un champignon banal, qui se soigne bien quand il est traité tôt et complètement, et qui se prévient largement par des habitudes d’hygiène simples, à condition de les tenir avec sérieux. Le vrai danger n’est pas la mycose elle-même, c’est le déni : continuer à rouler avec une plaque suspecte parce qu’on ne veut pas rater une session.
Si vous avez un doute sur une lésion, ne cherchez pas la confirmation en continuant à vous entraîner : montrez-la à votre coach ou à un médecin, et laissez le tapis de côté le temps qu’il faut. Votre académie mérite la même rigueur que celle que vous attendez d’elle sur la propreté des tatamis.
