L’étranglement arrière est une clé de soumission appliquée depuis le dos de l’adversaire : vous glissez un bras sous son menton, vous verrouillez la prise sur votre propre biceps, et vous comprimez le cou pour couper la circulation vers le cerveau. En jiu-jitsu brésilien, on l’appelle aussi mata leão ; en anglais, rear naked choke, souvent abrégé RNC. C’est la première soumission qu’on enseigne à un débutant, et pourtant l’une des plus mal exécutées une fois qu’il quitte le tapis pour aller la tester ailleurs.
Étranglement arrière en JJB : définition et anatomie de la soumission
Techniquement, c’est ce qu’on appelle un étranglement sanguin : la pression s’exerce sur les artères carotides, pas sur la trachée. L’objectif n’est pas d’empêcher l’adversaire de respirer, mais de couper l’irrigation du cerveau. C’est ce qui explique la rapidité de l’effet, et aussi pourquoi un étranglement bien placé fonctionne quasiment indépendamment de la force ou du gabarit de la personne étranglée.
En portugais, mata leão signifie littéralement quelque chose comme « tueur de lion », une image qui circule beaucoup dans le milieu du jiu-jitsu brésilien pour désigner cette même prise. Le nom anglais, rear naked choke, insiste sur un autre détail : « naked » parce que la technique ne dépend d’aucun tissu, aucun col de kimono, contrairement à d’autres étranglements pratiqués en gi. C’est une soumission universelle, valable en JJB, en MMA, en grappling submission only.
Vous y arrivez rarement d’un coup. En pratique, l’étranglement arrière vient presque toujours au bout d’une séquence : passage de garde qui finit dans le dos, retournement d’un adversaire en tortue, sortie de montée quand il roule pour se protéger. Le comprendre isolément aide à répéter le geste, mais il prend tout son sens une fois relié aux transitions qui y mènent réellement au tapis.
Pourquoi c’est la soumission de référence en grappling
Le contrôle du dos retire à l’adversaire presque tous ses outils offensifs : il ne peut ni frapper efficacement, ni attaquer une jambe, ni retourner la situation sans d’abord se dégager de vos crochets. C’est une position dominante avant même que l’étranglement soit posé, ce qui explique pourquoi elle est considérée comme la plus sûre à occuper, en compétition comme en MMA.
Une fois la prise verrouillée correctement, la perte de conscience survient en moins de dix secondes, et la récupération est quasiment immédiate dès que la pression cesse. C’est un argument technique, pas seulement un chiffre : ça veut dire que la vitesse d’exécution compte moins que la qualité du verrouillage. Un étranglement mal serré mais maintenu longtemps est moins efficace, et surtout moins sûr pour votre partenaire d’entraînement, qu’une prise propre relâchée dès la soumission.
C’est aussi la seule soumission de base qui traverse sans modification le gi, le no-gi et le MMA. Là où d’autres clés changent de forme ou de risque selon la tenue et les gants, l’étranglement arrière reste identique : mêmes repères, mêmes grips, même mécanique. En MMA, cette constance explique pourquoi tant de combats finissent sur cette prise une fois le dos pris, alors même que les échanges qui précèdent n’ont rien à voir avec du jiu-jitsu pur.
Comment placer l’étranglement arrière, étape par étape
Prendre le dos et verrouiller le contrôle
Avant de penser au cou, sécurisez la position. Insérez vos crochets ou fermez un triangle avec vos jambes autour du bassin de l’adversaire, puis passez un bras en travers de sa poitrine façon ceinture de sécurité, l’autre sous son aisselle. Sans ce contrôle des hanches, l’adversaire peut pivoter et vous faire perdre le dos avant même que vous ayez touché son cou.
Passer le bras et fermer la prise
Glissez l’avant-bras qui étrangle sous le menton, pas en travers de la bouche : trop haut, vous butez sur la mâchoire et l’adversaire peut rentrer le menton pour bloquer l’espace. Une fois le bras passé, attrapez votre propre biceps opposé avec la main (prise en quatre), placez l’autre main derrière la tête plutôt que sur l’épaule pour un meilleur bras de levier. Ici, notre position est tranchée : la vitesse d’exécution compte moins que la qualité du verrouillage, et c’est précisément ce que la plupart des tutoriels de trente secondes ne montrent jamais. On y voit la prise finale, jamais le travail de hanches et de crochets qui la rend possible ; sur le tapis, c’est ce travail invisible qui fait la différence entre une soumission qui tient et une qui se dissout.
Serrer sans lâcher les hanches
Le geste final combine deux actions simultanées : tirer avec le biceps qui tient votre propre bras, et pousser la tête de l’adversaire vers l’avant avec l’autre main, en rapprochant vos coudes. Beaucoup de pratiquants serrent uniquement les bras et oublient ce mouvement de traction de la tête, qui fait une grande partie du travail.
Les erreurs qui vous font perdre la soumission
La première erreur, la plus fréquente chez les débutants, c’est de relâcher le contrôle des hanches trop tôt pour se concentrer sur le bras. J’ai vu ça se répéter en salle : un pratiquant obtient un dos parfait, commence à passer son bras, et dans la précipitation laisse ses crochets se décrocher. L’adversaire en profite pour pivoter et se retrouve face à lui, la soumission envolée.
Deuxième erreur classique : insérer le bras trop haut, sur la bouche plutôt que sous le menton. Ça donne à l’adversaire l’espace nécessaire pour rentrer le menton et bloquer complètement la prise. Troisième erreur : serrer sans jamais tirer la tête vers l’avant, ce qui transforme un étranglement propre en simple compression des bras, beaucoup moins efficace et beaucoup plus fatigante à tenir.
Quatrième erreur, plus discrète : lever l’adversaire au lieu de le ramener vers soi. Sous la pression, le réflexe est souvent de tirer vers le haut, ce qui casse l’angle de la prise et redonne de l’espace autour du cou au lieu d’en retirer. Le bon réflexe reste horizontal : ramener la tête contre votre poitrine, pas la soulever.
La correction est toujours la même logique : ralentir. Sécuriser le dos avant le bras, sécuriser le bras avant la traction, et ne jamais sacrifier le contrôle des hanches pour aller plus vite vers la soumission.
Comment sortir d’un étranglement arrière quand vous êtes pris
La priorité, quand vous êtes étranglé, n’est jamais de frapper : c’est de faire lâcher l’étranglement. Ce réflexe compte autant en MMA que sur le tapis, et c’est souvent la première chose qui manque à un débutant surpris par la prise.
Le premier réflexe technique consiste à rentrer le menton immédiatement, avant que le bras adverse ne se verrouille sous votre gorge : ça réduit drastiquement l’espace disponible pour la pression. Ensuite, saisissez le bras qui étrangle à deux mains pour créer de l’air et gagner une seconde de réaction, plutôt que de tirer dans le vide.
Une fois cet espace créé, l’objectif est de retirer les crochets ou de casser le triangle de jambes de l’adversaire, puis de tourner pour lui faire face. Concrètement, ça passe souvent par un mouvement de hanches similaire à un hip escape classique : vous videz une hanche vers le sol pendant que vous dégagez la jambe la plus proche, ce qui casse le triangle sans avoir besoin de force pure sur le bras.
Une fois face à face, l’étranglement perd presque tout son angle d’efficacité, et la situation redevient neutre, parfois même à votre avantage si vous récupérez une garde au passage. C’est un enchaînement à automatiser à l’entraînement, avant d’en avoir besoin en compétition : le travailler à froid, en isolant chaque étape, évite de le découvrir pour la première fois sous pression.
Ce que ça change pour votre jeu
L’étranglement arrière n’est pas une technique parmi d’autres : c’est la soumission qui récompense le plus directement un bon contrôle du dos, et celle qui punit le plus sévèrement la précipitation. Placement propre, prise sous le menton, traction de la tête, hanches verrouillées jusqu’au bout : chaque étape compte plus que la vitesse d’exécution. Et côté défense, le réflexe se construit exactement de la même façon, à froid, avant d’en avoir besoin sous pression.
Travaillez-la au ralenti, drillez le passage du bras isolément, testez-la contre une résistance progressive avant de la chercher en sparring libre. C’est un chemin plus lent qu’un tutoriel de trente secondes, mais c’est celui qui la rend vraiment fiable le jour où vous en aurez besoin, en compétition comme sur un tapis d’entraînement classique.
