Ezekiel Choke en JJB : comment placer et défendre cette clé d’étranglement

L’ezekiel choke combine la manche et le poignet dans un mouvement de ciseau qui vient comprimer la trachée et, selon l’angle, les carotides de l’adversaire. Vous la travaillerez aussi bien depuis une position dominante que depuis le bas, en kimono comme en no-gi. C’est une clé technique avant d’être une clé de force, et c’est justement ce qui la rend redoutable entre de bonnes mains — et frustrante entre des mains pressées.

Qu’est-ce que l’ezekiel choke, concrètement ?

Beaucoup de pratiquants la classent par erreur parmi les clés de bras. Ce n’est pas le cas : c’est un étranglement à part entière, qui utilise le tissu de la manche enroulé autour du poignet comme point d’appui, puis l’avant-bras comme lame venant se glisser sous la gorge.

Le principe reste le même qu’on soit en montée, en kesa gatame ou même en position dominée : un bras traverse le cou pendant que l’autre main, renforcée par la manche, vient fermer le ciseau. La compression ne vient pas des biceps, elle vient de l’angle.

La mécanique du ciseau : pourquoi ça marche (ou pas)

La manche joue le rôle de renfort textile autour du poignet. Elle évite que la main glisse au moment critique — un détail minuscule sur le papier, qui fait pourtant toute la différence entre une clé qui ferme et une clé qui s’échappe.

Notre avis de coach : la version qui marche en sparring n’est jamais celle qu’on voit en boucle sur les réseaux, tirée à la seule force du bras. Nous avons vu trop d’élèves s’épuiser à arracher une manche façon corde à sauter, alors qu’un adversaire qui garde simplement le menton rentré neutralise l’intégralité de la pression en une seconde. L’angle du ciseau prime sur la puissance, sans exception.

Le fait que la clé exploite un tissu plutôt qu’une prise directe sur la gorge explique aussi pourquoi elle change complètement de nature en no-gi, où ce renfort disparaît.

Depuis quelles positions la placer

Cette clé a ceci de particulier qu’elle ne réclame pas une position unique pour exister. On la voit régulièrement travaillée depuis la montée, où le contrôle du buste facilite l’accès au cou. Elle fonctionne tout aussi bien depuis le kesa gatame, une immobilisation latérale où l’avant-bras se retrouve déjà proche de la gorge de l’adversaire.

Plus surprenant pour un débutant : elle reste jouable depuis des contrôles hauts de type pin, et même depuis le bas, notamment en garde fermée, là où l’adversaire ne s’y attend pas toujours.

  • Montée (mount) : accès direct, contrôle du buste
  • Kesa gatame : avant-bras déjà positionné près du cou
  • Contrôles hauts type pin : variante moins connue mais efficace
  • Depuis le bas, en garde : effet de surprise, moins de résistance anticipée

Cette polyvalence explique pourquoi la clé revient si souvent dans les programmes de pratiquants intermédiaires. Elle ne demande pas de repartir de zéro à chaque changement de position : une fois le principe du ciseau assimilé, seul l’accès au cou change d’une configuration à l’autre.

Version gi et version no-gi : la même idée, deux exécutions

En kimono, la manche fait tout le travail de maintien. Sans kimono, ce renfort textile n’existe plus : le bras qui ferme le ciseau s’enroule directement autour du poignet ou vient chercher une prise en crochet plus serrée sur le bras qui traverse le cou.

Le résultat visuel change, mais le principe reste identique — un ciseau, un angle, une pression qui vient de la rotation plus que de la traction. En no-gi, la clé garde d’ailleurs la même polyvalence qu’en kimono : elle s’adapte aux mêmes positions, avec un peu plus d’exigence sur le placement du bras.

Les figures qui ont popularisé la technique

L’ezekiel choke circule depuis longtemps dans les cercles techniques du jiu-jitsu brésilien. Renzo Gracie l’enseigne régulièrement dans ses contenus pédagogiques, où il en détaille les mises en place. Roger Gracie, qui n’a plus concouru en jiu-jitsu depuis Metamoris 1 en 2012 pour se consacrer à sa carrière en MMA, a lui aussi partagé des séquences de mise en place de cette clé.

Des instructeurs reconnus à travers la communauté du BJJ continuent d’explorer cette technique sous tous ses angles, notamment depuis le kesa gatame où le positionnement de l’avant-bras facilite son exécution. Cette diversité d’approches montre que la clé s’adapte au style du pratiquant bien plus qu’elle n’impose sa propre mécanique. Signe qu’elle reste un sujet d’étude à part entière, des années après sa popularisation initiale.

Les erreurs qui coûtent la clé aux débutants

Je me souviens d’un élève, motivé par des dizaines de vidéos vues en boucle, qui voulait absolument placer l’ezekiel choke sur tous ses partenaires de sparring. Il tirait sur la manche à s’en faire mal à l’épaule, sans jamais chercher l’angle du ciseau. Résultat : zéro finition, une épaule fatiguée, et une clé qu’il a fini par abandonner avant de la retravailler correctement, au ralenti, plusieurs semaines plus tard.

Les erreurs les plus fréquentes reviennent souvent aux mêmes causes :

  • Tirer avec le bras plutôt que tourner avec le buste
  • Négliger le contrôle de la tête avant de fermer le ciseau
  • Vouloir la placer trop vite, sans avoir consolidé la position de départ
  • Relâcher la pression du buste au moment de saisir la manche, ce qui laisse le temps à l’adversaire de recréer de l’espace

Rien de tout ça ne se corrige en regardant une vidéo de plus. Ça se corrige au tapis, en répétant la séquence au ralenti jusqu’à ce que la main trouve sa place sans réfléchir, puis en la testant contre une résistance progressive plutôt que contre un partenaire figé.

Questions fréquentes sur l’ezekiel choke

L’ezekiel choke fonctionne-t-elle en no-gi ?

Oui. Sans le renfort de la manche, le principe du ciseau reste identique : un avant-bras traverse le cou, l’autre bras renforce la pression par un enroulement autour du poignet ou une prise en crochet.

Depuis quelle position peut-on placer l’ezekiel choke ?

Elle se travaille depuis la montée, le kesa gatame, plusieurs contrôles hauts de type pin, et même depuis le bas en garde fermée selon le contexte de l’échange.

L’ezekiel choke est-elle dangereuse ?

Comme tout étranglement bien placé, elle comprime la trachée et potentiellement les carotides. Elle doit être relâchée dès le tap et travaillée progressivement à l’entraînement, sous supervision.

Ce qu’il faut retenir avant de la tester au tapis

Cette clé reste accessible dès les premières ceintures, à condition de comprendre que sa force vient de l’angle du ciseau et non de la traction sur la manche. Gi ou no-gi, montée ou position basse, le principe ne change pas.

Testez-la au ralenti avec un partenaire de confiance avant de la sortir en sparring intensif. Travaillez d’abord le contrôle de la tête : c’est ce détail, plus que la force du bras, qui décide si la clé ferme ou glisse.

Julien Mercier pratique et enseigne les sports de combat depuis quinze ans. Ceinture marron de jiu-jitsu brésilien et coach MMA, il analyse les combats avec l'œil du technicien autant que du passionné. Sur CombatPrime, il décortique techniques, gameplans et parcours de champions, avec le respect qu'il doit aux disciplines et à ceux qui les pratiquent.